Pourquoi une société entre-t-elle en Bourse ?
La raison principale est l’argent : vendre des actions nouvelles lève des fonds pour financer la croissance ou rembourser des dettes. Une IPO permet aussi aux premiers investisseurs et aux salariés de vendre plus tard, à la société de rémunérer son personnel et d’acheter d’autres entreprises avec des actions cotées, et elle renforce sa notoriété.
La contrepartie est une surveillance permanente : rapports annuels audités, résultats trimestriels (voir comment lire un rapport de résultats), publication des événements importants et des actionnaires publics à qui rendre des comptes. Les frais des banques et les frais juridiques sont élevés, l’une des raisons pour lesquelles certaines sociétés restent plus longtemps non cotées.
Comment se déroule une IPO, étape par étape ?
Le dessin en haut de la page montre le parcours habituel aux États-Unis. Il prend généralement des mois, et la société peut reporter ou annuler à chaque étape avant la fixation du prix.
- Choisir les banques garantes (underwriters). Des banques d’investissement conseillent l’opération et placent les actions ; dans une IPO américaine typique, elles les achètent à la société et les revendent aux investisseurs.
- Déposer le S-1. Ce document d’enregistrement, déposé auprès de la SEC, contient le prospectus : activité, états financiers, facteurs de risque et utilisation des fonds. La SEC examine l’information publiée ; elle ne juge pas si l’action est un bon placement.
- Roadshow. La direction présente la société aux investisseurs institutionnels pendant que les banques recueillent les ordres dans une fourchette de prix indiquée dans le prospectus préliminaire.
- Fixation du prix. La veille de la cotation, le prix d’IPO définitif est fixé et les actions sont attribuées, surtout aux institutionnels et aux clients des banques.
- Premier échange. Le lendemain, la Bourse confronte les ordres accumulés, et l’action ouvre au prix qui les équilibre, souvent bien après l’ouverture de 9 h 30, heure de New York.
- Fin du lock-up. Les initiés qui s’étaient engagés à ne pas vendre pendant une durée fixée deviennent libres de vendre.
- Banque garante (underwriter)
- Une banque d’investissement qui organise l’IPO, fixe le prix avec la société et place les actions.
- Prospectus
- Le document d’information contenu dans le S-1. Sa section sur les facteurs de risque est le point de départ.
- Flottant (float)
- Les actions qui peuvent réellement s’échanger. Juste après une IPO, c’est souvent une petite partie de toutes les actions en circulation.
Prix d’IPO et cours d’ouverture : pourquoi sont-ils différents ?
Le prix d’IPO est ce que paient à la société les investisseurs qui ont reçu une attribution. Le cours d’ouverture est le premier échange en Bourse, fixé par l’offre et la demande du public. Sauf si votre courtier vous attribue des actions, ce premier échange est le prix le plus tôt auquel vous pouvez acheter.
Hypothèse, comme sur le dessin ci-dessous : les actions sont placées à 20 $, et une forte demande fait ouvrir le titre à 27 $, 35 % plus haut. Il oscille entre environ 23 $ et 31 $ et clôture à 25 $. Ceux qui ont obtenu des actions à 20 $ gagnent 25 % ; ceux qui ont acheté le premier échange à 27 $ perdent environ 7 %, sur la même action et le même jour. Avec 100 millions d’actions, 20 $ par action valorisent la société à 2 milliards de dollars (sa capitalisation boursière).
L’inverse arrive aussi : une action peut ouvrir ou clôturer sous son prix d’IPO. Un bond le premier jour renseigne sur la demande pour un nombre limité d’actions, pas sur l’entreprise ni sur la suite du cours.
Qu’est-ce que la période de lock-up d’une IPO ?
Le lock-up (période de blocage) est un engagement par lequel les fondateurs, les salariés et les premiers investisseurs promettent de ne pas vendre leurs actions pendant une durée fixée après l’IPO. Les conditions varient et figurent dans le prospectus, mais la plupart des lock-up durent 180 jours, selon le site d’éducation des investisseurs de la SEC.
Beaucoup d’IPO ne vendent qu’une petite partie de la société. Dans le dessin hypothétique ci-dessous, 15 millions des 100 millions d’actions sont vendues à l’IPO ; les 85 millions restantes sont bloquées jusqu’au jour 180. Ensuite, les initiés peuvent vendre, sans y être obligés. Le cours faiblit parfois avant cette date, car le marché anticipe davantage d’actions à vendre.
Cotation directe et SPAC : deux autres façons d’entrer en Bourse
Dans une cotation directe (direct listing), la société fait coter ses actions existantes sans placement classique organisé par des banques. Aucune banque ne fixe de prix d’IPO : le premier cours vient des ordres d’achat et de vente à l’ouverture de la Bourse, et les actionnaires existants sont souvent libres de vendre dès le premier jour. La plupart des cotations directes n’ont levé aucun argent frais, même si les règles des Bourses autorisent désormais aussi des cotations directes avec vente d’actions nouvelles.
Un SPAC (special purpose acquisition company) est une société coquille sans activité propre. Il entre en Bourse en premier, garde l’argent levé sur un compte fiduciaire (trust) et dispose d’un délai fixé, souvent autour de deux ans, pour fusionner avec une société non cotée, qui devient cotée par cette fusion. Avant la fusion, les actionnaires du SPAC peuvent en général se faire rembourser leur part du trust ; sans opération dans le délai, l’argent est restitué.
Faut-il acheter une IPO le premier jour ? Les risques
Acheter le premier jour, c’est payer un prix fixé par des acheteurs pressés pour une action sans historique de cotation ; beaucoup d’investisseurs attendent donc la première publication de résultats. Si vous achetez, lisez les facteurs de risque, décidez d’abord de votre sortie et dimensionnez la position pour qu’une forte baisse ne coûte qu’une petite part fixe de votre compte (voir gestion du risque et comment acheter des actions américaines).
Les principaux risques d’un achat le premier jour :
- Volatilité : une action à 20 $ peut varier de plusieurs dollars en quelques minutes, et un ordre au marché à l’ouverture peut être exécuté loin du prix affiché ; un ordre à cours limité plafonne votre prix (voir types d’ordres).
- Aucun historique : pas de graphique, ni support ni résistance, et pas encore de résultats publiés en tant que société cotée, seulement les chiffres du prospectus.
- Un flottant réduit : avec peu d’actions échangées, des ordres modestes peuvent beaucoup faire bouger le cours.
- Fin du lock-up : davantage d’actions peuvent être mises en vente quelques mois plus tard.
- L’effet de mode : l’attention culmine autour de la cotation, et l’attention n’est pas de la valeur.