Quel pourcentage de traders perd de l’argent ?

Il n’existe pas de chiffre officiel unique, et la formule populaire « 90 % des traders perdent 90 % de leur argent en 90 jours » ne repose sur aucune étude que nous ayons trouvée. Il existe en revanche plusieurs grandes études. Chacune mesure autre chose, donc lisez bien leur formulation, mais toutes vont dans le même sens :

  • Comptes CFD dans l’UE : quand le régulateur européen des marchés, l’ESMA, a restreint les CFD pour les particuliers en 2018, les chiffres qu’elle citait montraient que 74 % à 89 % des comptes CFD de particuliers perdaient de l’argent selon les pays, avec des pertes par client de 1 600 € à 29 000 €, comme l’a résumé l’AMF.
  • Day traders brésiliens : une étude de 2019 de Fernando Chague, Rodrigo De-Losso et Bruno Giovannetti a suivi tous ceux qui ont commencé le day trading sur le marché brésilien des contrats à terme sur actions entre 2013 et 2015 et l’ont pratiqué au moins 300 jours. 97 % ont perdu de l’argent, et seulement 0,4 % ont gagné plus que le salaire d’un guichetier de banque, environ 54 dollars par jour.
  • Day traders taïwanais : à partir de toutes les transactions de la Bourse de Taïwan de 1992 à 2006, Brad Barber, Yi-Tsung Lee, Yu-Jane Liu et Terrance Odean ont trouvé que moins de 1 % des day traders battaient le marché après frais de façon prévisible et fiable (Journal of Financial Markets, 2014).
  • Investisseurs américains très actifs : en étudiant 66 465 ménages clients d’un grand courtier à bas coût de 1991 à 1996, Brad Barber et Terrance Odean ont trouvé que les ménages qui tradaient le plus gagnaient 11,4 % par an quand le marché rapportait 17,9 % (Journal of Finance, 2000).
Trader particulier (retail trader)
Une personne qui trade son propre argent via un courtier, par opposition à une société de trading, un fonds ou un teneur de marché.
CFD (contrat sur différence)
Un contrat à effet de levier qui paie la variation du prix d’un actif sans le détenir, vendu aux particuliers par de nombreux courtiers forex et multi-actifs.

Pourquoi les day traders perdent-ils ? Les frais se paient à chaque trade

Chaque aller-retour paie le spread acheteur-vendeur, les éventuelles commissions et frais de Bourse, et le slippage : l’écart entre le prix prévu et le prix obtenu. Sur un trade, ce sont des centimes. Sur des centaines de trades, c’est souvent plus que l’avantage lui-même, et un courtier « sans commission » vous laisse quand même le spread.

Ce qui compte, c’est le coût mesuré en R, le montant risqué par trade. Les mêmes 0,04 $ par action valent 0,04R avec un stop à 1,00 $, 0,20R avec un stop à 0,20 $ et 0,40R avec un stop à 0,10 $. C’est pourquoi le day trading rapide et le scalping, avec des stops serrés et de petits objectifs, demandent un avantage avant frais bien plus grand que le swing trading. La leçon sur l’espérance de gain en trading montre comment le mesurer à partir de vos propres exécutions.

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Un graphique du résultat par trade en R selon la distance du stop, de 0,10 $ à 1,00 $ par action, pour un setup hypothétique avec un avantage de +0,125R avant frais et 0,04 $ de frais aller-retour par action. Une ligne en tirets marque +0,125R avant frais. La courbe après frais part de −0,275R avec un stop de 0,10 $, vaut −0,075R à 0,20 $, croise zéro à 0,32 $, puis atteint +0,045R à 0,50 $ et +0,085R à 1,00 $. Une note indique que plus le stop est serré, plus les mêmes frais pèsent en R.

Pas d’avantage testé : pourquoi la plupart des stratégies ont une espérance négative

Un avantage (edge) est un résultat moyen positif par trade après frais, démontré sur un grand échantillon. La plupart des débutants ne le mesurent jamais. Ils tradent un setup qui semblait convaincant sur quelques graphiques, une règle tirée d’une vidéo ou un mélange qui change chaque semaine, si bien qu’ils ne peuvent pas savoir si son espérance est positive ; et une fois les frais payés, trader sans avantage donne par défaut un résultat légèrement négatif.

Un avantage testé, ce sont des règles écrites, un backtest avec des frais réalistes, une vérification que les règles ne collent pas simplement au bruit du passé (le surapprentissage des backtests), puis un test sur de nouvelles données ou sur un compte de paper trading. Sauter ces étapes ne rend pas la perte certaine, mais rend impossible de distinguer le talent de la chance. C’est ce que montre l’étude taïwanaise : beaucoup de traders ont une bonne année, très peu ont des résultats prévisibles.

Avantage (edge)
Un résultat attendu positif par trade après tous les frais, démontré sur un grand échantillon de trades pris avec les mêmes règles écrites.
Espérance de gain (expectancy)
Le gain ou la perte moyenne par trade, généralement en R : taux de gain × gain moyen − taux de perte × perte moyenne.

Levier et taille de position : comment de petites erreurs deviennent de grosses pertes

Le levier multiplie le mouvement, pas le talent. Avec un levier de 30:1, un mouvement contraire de 3,3 % équivaut à toute la marge ; à 10:1, il faut un mouvement de 10 %. Beaucoup de comptes CFD, forex et options démarrent avec un levier qui transforme une mauvaise journée ordinaire en une grosse part du compte, ce qui explique en partie la hauteur des chiffres de pertes sur les CFD. Effet de levier et marge explique le fonctionnement des appels de marge.

La taille des positions fait la même chose sur un compte au comptant. Un trader qui risque 5 % du compte par trade perd environ 23 % en cinq pertes d’affilée ; à 1 %, la même série coûte environ 4,9 %. Les séries de pertes sont normales même pour une bonne méthode, donc c’est la taille de chaque perte qui décide si vous tenez assez longtemps pour savoir si la méthode fonctionne. Le calculateur de taille de position transforme un stop et un pourcentage de risque en nombre d’actions, et la gestion du risque ajoute des limites de perte quotidiennes et hebdomadaires.

La boucle du comportement : overtrading, revenge trading et stops déplacés

Les frais, le levier et la taille expliquent l’arithmétique ; le comportement explique pourquoi elle s’aggrave. Barber et Odean ont relié les mauvais résultats des ménages les plus actifs à l’excès de confiance : trader plus voulait dire payer plus de frais sans gagner davantage. La boucle habituelle : une perte, un trade plus gros pour se refaire, un stop éloigné, puis une perte plus grosse.

Ces habitudes ont leurs propres leçons. La psychologie du trading traite de la peur, du FOMO, du revenge trading et de l’aversion à la perte, et les erreurs de trading courantes recensent les dix erreurs les plus fréquentes avec leur correctif. Le correctif le plus important ici est mécanique : un plan écrit, un risque fixe par trade et une limite de perte quotidienne qui met fin à la séance.

Exemple chiffré : comment un petit avantage devient une perte (hypothétique)

Hypothèse : un day trader prend 100 trades sur XYZ, 500 actions chacun, avec un stop de 0,20 $, donc 1R vaut 100 $. 45 trades atteignent l’objectif pour un gain moyen de +0,30 $ par action (+1,5R) et 55 touchent le stop à −0,20 $ (−1R). Avant frais, c’est un avantage réel, quoique petit. Voici où il passe :

  • Avant frais : 45 × 150 $ − 55 × 100 $ = 6 750 $ − 5 500 $ = +1 250 $, soit +0,125R par trade.
  • Spread : 0,02 $ par action et par aller-retour × 500 actions × 100 trades = 1 000 $.
  • Commissions et frais : 0,01 $ par action et par aller-retour = 500 $.
  • Slippage sur les entrées et les stops : 0,01 $ par action en moyenne = 500 $.
  • Après frais : 1 250 $ − 2 000 $ = −750 $, soit −0,075R par trade. La méthode avait raison assez souvent pour gagner avant frais, et elle a quand même perdu de l’argent.

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Un graphique en cascade pour 100 trades intraday hypothétiques sur XYZ, de 500 actions chacun avec un stop de 0,20 $. Une barre verte monte à +1 250 $, le résultat avant frais. Trois marches rouges la font descendre : spread −1 000 $, commissions et frais −500 $, slippage −500 $. La dernière barre, le résultat net, finit à −750 $, sous la ligne de zéro. Une note indique qu’un avantage de +0,125R avant frais devient −0,075R après frais.

Combien de temps faut-il pour devenir un trader rentable ?

Il n’y a pas de chiffre honnête. Quiconque promet la rentabilité en 90 jours ou en un an devine, et les preuves ne sont pas encourageantes : l’étude brésilienne n’a trouvé aucun signe que les day traders progressaient avec la pratique, et dans les données taïwanaises plus de 75 % des day traders arrêtaient dans les deux ans, tandis que beaucoup de ceux qui restaient continuaient malgré de longs historiques de pertes (Barber, Lee, Liu, Odean et Zhang, 2017).

Mesurez des preuves plutôt que du temps. Avant de risquer davantage, il vous faut au moins 100 trades pris avec les mêmes règles écrites, sur papier ou en très petite taille ; une espérance après frais réels qui reste au-dessus de zéro une fois sa marge d’erreur comptée ; un drawdown maximal supportable ; et un historique montrant que vous avez suivi vos règles sur presque tous les trades. Si un long échantillon honnête dit que les chiffres sont négatifs, l’apprendre tôt est le résultat le moins coûteux. Si vous êtes déjà en forte perte, que faire après une grosse perte propose un plan étape par étape.