J’ai perdu de l’argent en Bourse : que faire en premier ?

Arrêtez. N’ajoutez pas à la position perdante, ne doublez pas la taille et ne passez pas aux options ou au levier pour vous refaire plus vite. L’envie de récupérer une perte tout de suite porte un nom, le revenge trading, et la psychologie du trading explique pourquoi elle est si forte. En bref : elle ajoute du risque au moment précis où votre jugement est au plus bas.

Accordez-vous quelques jours sans nouveau trade. Annulez les ordres en attente que vous ne comprenez plus, vérifiez qu’aucune position ne peut vous faire perdre plus que vous ne pouvez supporter (la marge, la vente à découvert et certaines options le peuvent), et notez ce qui s’est passé tant que c’est frais : ce que vous avez acheté, pourquoi, avec quelle taille, et ce que vous avez fait pendant la baisse. Cette page est la matière première de toutes les étapes suivantes.

Combien ai-je vraiment perdu ? Le calcul du rattrapage

Mesurez la perte en pourcentage du compte, pas seulement en dollars, et incluez les pertes latentes : une action que vous détenez encore en perte vaut ce que le marché en paie aujourd’hui, pas ce que vous l’avez payée. Regardez ensuite le gain nécessaire pour revenir. Après une perte L, le compte a besoin de L ÷ (1 − L) pour retrouver son niveau : une perte de 20 % demande +25 %, une perte de 40 % demande +66,7 % et une perte de 50 % demande +100 %.

Cette asymétrie est le meilleur argument pour la patience. On sort lentement d’un trou profond, et la leçon sur le drawdown maximal montre combien de temps la remontée peut prendre. Vouloir en sortir d’un bond avec une position plus grosse le creuse en général davantage.

Perte réalisée
Une perte figée en vendant une position moins cher que son prix d’achat.
Perte latente (moins-value latente)
La baisse de valeur d’une position que vous détenez encore. Elle n’est pas définitive, mais c’est ce que vaut la position aujourd’hui.

Tournez votre téléphone pour lire l’image. Touchez pour fermer.

À gauche, un compte hypothétique de 10 000 $ chute de 40 % à 6 000 $, dessiné par une flèche rouge vers le bas, et une flèche verte vers le haut porte +66,7 % : les 4 000 $ nécessaires représentent deux tiers de 6 000 $. À droite, un petit tableau des pertes et du gain nécessaire pour chacune : −10 % demande +11,1 %, −25 % demande +33,3 %, −40 % demande +66,7 %, −50 % demande +100 % et −75 % demande +300 %. La formule gain = L ÷ (1 − L) est écrite dessous.

Perte d’investisseur ou perte de trader ?

Le remède dépend du type de perte. Un investisseur achète une entreprise pour une raison, la thèse : des ventes en croissance, un bilan solide, un prix raisonnable. Un trader achète une configuration de prix avec un plan de sortie : entrée, stop, objectif et taille. Une perte d’investisseur pose la question : la thèse était-elle fausse ou le cours a-t-il simplement baissé ? Une perte de trader pose la question : les règles étaient-elles mauvaises ou n’ont-elles pas été suivies ? Beaucoup de débutants mélangent les deux : ils achètent en traders puis, quand le cours baisse, deviennent « investisseurs de long terme » pour ne pas vendre. Trading ou investissement explique la différence.

Faites ensuite un bilan honnête. Passez en revue chaque position perdante et notez sa cause principale. Si l’essentiel des dégâts vient d’une ou deux causes, ce sont les règles à corriger en premier :

  • Pas de plan : aucune raison écrite et aucune sortie décidée avant l’achat.
  • Trop gros : une seule position pesait une grande part du compte, donc une seule baisse a fait l’essentiel des dégâts.
  • Pas de stop, ou un stop éloigné à mesure que le cours baissait.
  • Un tuyau, une rumeur ou un post sur les réseaux sociaux à la place de votre propre analyse.
  • Moyenne à la baisse sur une action en chute sans raison toujours valable (voir moyenner à la baisse).
  • Un plan solide qui a simplement perdu : la seule cause qui ne demande aucun correctif, car les trades perdants font partie de toute méthode.
Thèse d’investissement
La raison écrite pour laquelle vous détenez une action comme investissement, assez précise pour savoir quand elle n’est plus vraie.

Faut-il vendre ses actions à perte ou les garder ?

Le prix payé n’est une raison ni dans un sens ni dans l’autre. Le marché ne connaît pas votre prix d’entrée, et l’argent est déjà perdu sur le papier, que vous vendiez ou non. La question utile : si j’avais cette somme en liquide aujourd’hui, achèterais-je cette action à ce prix, pour une raison que je peux écrire en une phrase ? Si oui, garder est une décision. Sinon, garder n’est qu’un espoir. Écrivez la raison, ce qui vous ferait vendre et la date du prochain point.

Pour un trade, la réponse était fixée avant l’entrée : si le stop est dépassé depuis longtemps, le plan dit de vendre, et racheter plus tard est un nouveau trade avec un nouveau plan. Pour un investissement, confrontez la thèse aux derniers résultats. Quand vendre une action propose une checklist de vente complète pour les deux. Si vous avez besoin de cet argent d’ici un ou deux ans, c’est à lui seul une raison de porter moins de risque. Dans certains pays, une perte réalisée peut s’imputer sur l’impôt des plus-values ; les règles varient, vérifiez les vôtres avant de décider pour une raison fiscale.

Comment se remettre d’une perte en trading : repartir petit

Quand vous revenez, revenez plus petit. Risquez un montant fixe de 0,5 % à 1 % du compte par trade, calculez chaque position à partir de son stop avec le calculateur de taille de position, et fixez une limite de perte quotidienne au-delà de laquelle vous arrêtez pour la journée ; la gestion du risque détaille ces limites. Un petit risque n’est pas de la timidité. C’est ce qui permet à une méthode qui marche de se montrer, et ce qui empêche une méthode qui ne marche pas de faire plus de dégâts.

Le rattrapage vient ensuite d’une longue série de trades ordinaires à espérance positive, ou de l’épargne ajoutée au fil du temps, pas d’un seul trade. Trader davantage n’est pas non plus le chemin du retour : dans l’étude de Brad Barber et Terrance Odean sur 66 465 ménages américains de 1991 à 1996, les ménages qui tradaient le plus gagnaient 11,4 % par an quand le marché rapportait 17,9 % (Journal of Finance, 2000).

Tester le correctif sur papier avant l’argent réel

Avant de risquer à nouveau de l’argent, testez les règles corrigées sur un compte de paper trading, ou en toute petite taille, pendant 20 à 30 trades. Le but n’est pas encore le gain. Il s’agit de voir si vous suivez réellement les nouvelles règles : une raison écrite avant chaque trade, le stop placé à l’entrée, la taille issue du calculateur, la limite quotidienne respectée. Tenez un journal de trading et comptez les entorses aux règles aussi soigneusement que les gains et les pertes.

Ne revenez à l’argent réel que lorsque les entorses sont devenues rares, et alors avec le petit risque fixe de l’étape précédente.

Exemple chiffré : la semaine qui suit une perte de 40 % (hypothétique)

Hypothèse : un trader avec un compte de 10 000 $ a acheté 200 actions XYZ à 50 $ sur le tuyau d’un ami, tout le compte sur une seule action, sans stop. XYZ tombe à 30 $. La position vaut maintenant 6 000 $ : une perte de 4 000 $, soit 40 %, qui demande +66,7 % pour être rattrapée. Voici le plan, étape par étape :

  1. Pause : aucun nouveau trade pendant une semaine, et pas d’achat de XYZ pour baisser le prix moyen.
  2. Analyse : trois causes, toutes corrigeables. Pas de plan, tout le compte sur une position, pas de stop. Le tuyau a remplacé l’analyse.
  3. Décision : achèterait-il XYZ aujourd’hui à 30 $ pour ses propres mérites ? Il ne sait pas dire pourquoi, donc il vend et garde 6 000 $ en liquide plutôt que de conserver sur un espoir.
  4. Test sur papier : 25 trades d’entraînement, chacun avec une raison écrite, un stop et 1 % de risque.
  5. Repartir petit : avec 6 000 $ et 1 % de risque, un trade risque 60 $. Un achat à 30,00 $ avec un stop à 28,50 $ risque 1,50 $ par action, donc 60 ÷ 1,50 = 40 actions, une position de 1 200 $.
  6. Vérifier le pire : cinq pertes d’affilée à 1 % coûteraient environ 294 $, soit 4,9 %, au lieu de 40 % de plus.

Tournez votre téléphone pour lire l’image. Touchez pour fermer.

Deux panneaux hypothétiques côte à côte. Avant : 200 actions XYZ à 50 $, tout le compte de 10 000 $ sur une position sans stop ; la barre de l’argent à risque remplit le compte, et une note rouge indique qu’à 30 $ la perte est de −4 000 $, soit −40 %. Après : un compte de 6 000 $ avec 1 % de risque, un achat à 30,00 $ avec un stop à 28,50 $, donc 1,50 $ par action et 40 actions, une position de 1 200 $ ; seule une fine tranche rouge de 60 $ est à risque, et une note indique que cinq pertes d’affilée coûteraient environ 294 $, soit −4,9 %.

Quand le trading commence à ressembler au jeu

Parfois, le problème ne vient pas des règles mais de l’envie irrépressible de continuer à trader. Les services de santé utilisent des questionnaires simples pour le jeu d’argent, et leurs questions s’appliquent au trading presque mot pour mot. Le NHS britannique, par exemple, demande si vous misez plus que vous ne pouvez perdre, courez après vos pertes, empruntez ou vendez des objets pour continuer, vous sentez coupable, ou constatez que cela provoque du stress, de l’anxiété ou des problèmes d’argent à la maison.

Si plusieurs de ces questions vous parlent, prendre du recul est une force, pas un échec. Parlez-en à quelqu’un de confiance, supprimez l’application de trading ou demandez à votre courtier de fixer des limites ou de fermer le compte pendant un temps, et parlez-en à un médecin ou à un service d’aide local. Votre épargne et votre santé valent plus que n’importe quel trade.