Comment investir dans l’or : quatre méthodes comparées

L’or se cote à l’once troy, soit environ 31,1 grammes, et ses prix de référence mondiaux sont exprimés en dollars américains. Ce que vous détenez vraiment dépend de la voie choisie, comme le résume le dessin en haut de page : le stockage pour le métal, les frais pour les fonds, le levier pour les contrats à terme, le risque d’entreprise pour les minières.

Pourquoi les minières bougent davantage, en exemple hypothétique : une mine encaisse 100 par once et dépense 60 pour la produire, soit un profit de 40. Si l’or monte de 10 %, le profit passe à 110 − 60 = 50, soit +25 %. Si l’or baisse de 10 %, il tombe à 90 − 60 = 30, soit −25 %. Le cours de l’action peut suivre, et des problèmes propres à l’entreprise peuvent le faire chuter même quand l’or monte.

  • Lingots et pièces : vous possédez le métal lui-même, sans entreprise ni fonds entre vous et lui. Coûts : la marge du négociant au-dessus du cours au comptant (la prime), l’écart entre prix d’achat et prix de revente, le stockage et l’assurance.
  • ETF sur l’or (on parle aussi d’ETP ou d’ETC) : une part de fonds cotée en Bourse pendant les heures de marché. Les produits adossés à de l’or physique détiennent des lingots en coffre. Coûts : des frais annuels et l’écart achat-vente (spread).
  • Contrats à terme : un contrat coté en Bourse, comme l’or COMEX (100 onces troy) ou le Micro Gold (10 onces), tradé sur marge. Coûts : les commissions et le risque du levier : les pertes peuvent dépasser votre dépôt.
  • Actions minières : des parts de sociétés qui extraient l’or. Leurs profits varient plus que l’or lui-même, et elles portent un risque d’entreprise : hausse des coûts, dette, accidents, situation politique des pays où se trouvent les mines.

Or physique et ETF sur l’or : ce que vous payez vraiment

L’or physique s’achète au cours au comptant plus une prime et se revend en dessous du prix de vente du négociant. Aller-retour hypothétique : vous achetez une pièce d’une once 4 % au-dessus du cours, et le négociant vous la rachète 1 % en dessous. L’or doit monter d’environ 5 % pour que vous rentriez dans vos frais, avant stockage ou assurance. Si l’or baisse de 10 %, vous perdez environ 14 %.

La CFTC et la FINRA, deux régulateurs américains, conseillent de comparer les primes au cours au comptant du jour, d’obtenir tous les frais par écrit et de ne jamais acheter de métal à la suite d’un démarchage téléphonique, d’un e-mail non sollicité ou d’une publicité sur les réseaux sociaux. Les offres où vous ne payez qu’une partie du prix, le reste étant financé, sont des opérations à effet de levier : si les cours baissent, on vous demandera de l’argent en plus.

Un ETF adossé à de l’or physique paie en général ses frais annuels en vendant un peu de son or, si bien que le métal derrière chaque part diminue lentement. Exemple hypothétique : des frais de 0,40 % sur une position de 10 000 $ coûtent environ 40 $ par an. Les parts ne s’échangent qu’aux heures de Bourse alors que l’or continue de bouger la nuit, donc une part peut ouvrir nettement au-dessus ou en dessous de la clôture de la veille. Le guide ETF ou fonds commun de placement explique le fonctionnement des parts de fonds.

Qu’est-ce qui fait bouger le cours de l’or ? Des tendances, pas des règles

L’or ne verse ni intérêt ni dividende : son cours dépend de l’offre et de la demande. Le World Gold Council (Conseil mondial de l’or) classe la demande en bijouterie, technologie, investissement (lingots, pièces et ETF) et banques centrales. Il attribue les variations de court terme à quatre familles de facteurs : l’expansion économique, le risque et l’incertitude, le coût d’opportunité (taux d’intérêt et dollar) et la dynamique (momentum). Le dessin montre les trois plus cités :

Chacune n’est qu’une tendance. Ces relations peuvent se rompre longtemps, par exemple quand de forts achats des banques centrales l’emportent sur la hausse des taux, et lors d’une chute brutale des marchés certains investisseurs vendent leur or pour se procurer des liquidités. Exemple hypothétique : vous achetez de l’or parce que le dollar a reculé le matin, puis un chiffre d’inflation plus élevé que prévu fait monter les rendements et l’or baisse quand même. Un seul facteur ne raconte jamais toute l’histoire.

  • Rendements réels ↓ → or ↑ : des taux d’intérêt corrigés de l’inflation plus bas rendent moins coûteuse la détention d’un métal qui ne rapporte rien.
  • Dollar ↓ → or ↑ : l’or est coté en dollars, donc un dollar plus faible le rend moins cher pour les acheteurs qui paient dans d’autres devises.
  • Peur ↑ → or ↑ : lors des guerres, des crises et des paniques bancaires, certains investisseurs achètent de l’or comme réserve de valeur.

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Un lingot d’or au centre avec trois flèches : rendements réels ↓ → or ↑, dollar ↓ → or ↑ et peur ↑ → or ↑, et une petite note : les relations peuvent se rompre.

L’or et les taux d’intérêt : pourquoi le rendement réel compte

Le rendement réel est le taux d’intérêt d’une obligation moins l’inflation attendue. C’est ce à quoi vous renoncez en détenant de l’or plutôt qu’une obligation sûre, d’où son nom de coût d’opportunité de l’or chez les analystes.

Exemple hypothétique : une obligation d’État rapporte 5 % avec une inflation attendue de 3 %, soit un rendement réel de 2 %. Si le rendement tombe à 4 % et que l’inflation attendue reste à 3 %, le rendement réel est divisé par deux, à 1 %, et détenir un métal qui ne rapporte rien coûte moins cher. Un rendement réel qui grimpe de 1 % à 3 % produit l’effet inverse et tend à peser sur l’or.

C’est pourquoi les traders d’or suivent les réunions des banques centrales et les chiffres d’inflation. Le guide sur les taux de la Fed explique comment les décisions de taux se propagent aux obligations, au dollar et aux actions. Le dessin montre le schéma habituel, avec sa propre mise en garde.

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Une ligne en escalier « taux de la banque centrale » qui monte, avec de petites flèches à côté : rendements obligataires ↑, dollar ↑, actions de croissance sous pression et or sous pression, et une note : des tendances, pas des règles.

Le rôle de l’or dans un portefeuille

Les investisseurs détiennent en général l’or pour diversifier, pas comme moteur de croissance. Il a souvent évolué différemment des actions et des obligations, surtout en période de tension, mais il ne produit ni bénéfice, ni intérêt, ni dividende et peut stagner pendant des années : le sommet de janvier 1980 n’a été dépassé en termes nominaux qu’en janvier 2008, environ 28 ans plus tard.

Exemple hypothétique : un portefeuille de 10 000 $ place 5 % dans un ETF sur l’or, soit 500 $. Si l’or baisse de 20 %, le portefeuille perd 100 $, soit 1 %. Si l’or monte de 20 % pendant que les actions reculent, la même part rapporte 100 $ et amortit le choc. Avec 50 % en or, cette baisse de 20 % devient une perte de 10 % du portefeuille.

Combien y consacrer, si vous le faites, dépend de vos objectifs et de votre horizon. Le guide sur la diversification de portefeuille explique comment combiner les actifs.

Trading de l’or pour débutants : XAU/USD, contrats à terme et horaires

Sur un graphique, les traders d’or suivent deux prix principaux. XAU/USD est l’or au comptant en dollars par once troy ; XAU est le code ISO de devise pour une once troy d’or, d’où une cotation comme une paire de devises (voir le forex pour débutants). Les contrats à terme se traitent sur le COMEX, qui fait partie de CME Group : GC pour 100 onces et MGC (Micro Gold) pour 10. TradingView affiche les deux.

L’or s’échange de gré à gré (OTC), surtout à Londres, ainsi que sur le COMEX à New York et sur le Shanghai Gold Exchange : les prix bougent pendant les heures asiatiques, européennes et américaines en semaine. Les contrats à terme sur l’or se négocient sur CME Globex du dimanche 18 h au vendredi 17 h, heure de New York (et de Montréal), avec une pause quotidienne de 60 minutes à partir de 17 h ET, soit de 23 h à minuit à Paris la plupart de l’année. Les horaires changent les jours fériés.

L’écart minimal de cotation est de 0,10 $ par once, soit 10 $ sur le GC et 1 $ sur le MGC : une variation de 20 $ de l’or représente 2 000 $ sur un contrat GC et 200 $ sur un MGC. L’or COMEX se règle par livraison physique : la négociation d’une échéance s’arrête le troisième jour ouvré en partant de la fin du mois de livraison, et les traders qui ne veulent pas de métal clôturent ou reportent (roll) leur position avant.

Attention à l’effet de levier : contrats à terme, marge et CFD

Les contrats à terme se traitent sur marge : un dépôt de garantie qui ne représente qu’une fraction de la valeur du contrat, fixé par la Bourse et votre courtier et relevé quand la volatilité grimpe. Gains et pertes sont réglés chaque jour. Si vos fonds passent sous la marge de maintenance, vous recevez un appel de marge : il faut remettre de l’argent ou la position est clôturée, comme sur le dessin. Un gap, par exemple pendant un week-end, peut porter la perte au-delà de votre dépôt.

Exemple hypothétique : vous ouvrez un contrat Micro Gold avec 1 500 $ sur le compte. L’or perd 40 $ par once pendant la nuit : 10 onces × 40 $ = 400 $, environ 27 % du compte. Une baisse de 150 $ efface la totalité des 1 500 $. Le même calcul joue à la hausse, et c’est précisément ce qui rend le levier tentant.

Beaucoup de plateformes proposent plutôt XAU/USD sous forme de CFD à effet de levier. Quand l’ESMA, le régulateur européen des marchés financiers, a restreint les CFD pour les particuliers en 2018, elle a plafonné le levier sur l’or à 20:1. Quel que soit le produit, calculez la taille de chaque position à partir du stop pour qu’une perte reste petite : voir le calculateur de taille de position et les guides sur l’effet de levier et la marge et les contrats à terme pour débutants.

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Une courbe des fonds du compte qui baisse et passe une ligne pointillée « marge initiale » puis une ligne pointillée plus basse « marge de maintenance » ; là où les fonds passent en dessous, un repère rouge indique « appel de marge », avec une note : les pertes sont réglées chaque jour.